Déposée en décembre dernier, la proposition de loi sur la profession d’infirmier est actuellement débattue au Parlement. Adopté en première lecture par l’Assemblée nationale, le texte doit désormais être examiné par le Sénat. Consultation et diagnostic, conciliation médicamenteuse, droit de prescription pour certains produits… Retour sur les principales mesures votées par les députés.

Une journée aura suffi. Déposée en décembre dernier par Nicole Dubré-Chirat et Frédéric Valletoux, la proposition de loi sur la profession d’infirmier a été adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale le 10 mars. Attendu depuis de long mois, le texte redéfinit notamment le métier autour de huit missions socles : la réalisation des soins infirmiers « préventifs, curatifs, palliatifs, relationnels ou destinés à la surveillance clinique » et l’évaluation de ces soins ; la conciliation médicamenteuse ; l’orientation des patients et le suivi de leur parcours de santé ; la participation aux soins de premier recours en accès direct ; la prévention, les actions de dépistage et l’éducation thérapeutique ; la participation à la formation initiale et continue des étudiants et des professionnels ; les soins relationnels qui incluent « un soutien psychologique et un support thérapeutique » ; la recherche infirmière. Véritable tournant dans l’histoire de la profession, cette proposition de loi prévoit la création des consultations infirmières et des diagnostics infirmiers, mais aussi de lui conférer un droit de prescription pour certains produits et examens complémentaires nécessaires aux soins infirmiers, dont la liste sera ultérieurement définie par arrêté après avis de la Haute autorité de santé.

Un tournant pour les IPA ?

Le texte voté par les députés pose également les jalons d’un accès direct aux infirmiers exerçant dans des structures d’exercice coordonné, telles que des établissements de santé et médico-sociaux ou des maisons et centres de santé, qui pourront « prendre en charge directement les patients pour des actes ne relevant pas de leur rôle propre ». Cette modalité sera expérimentée pendant trois ans dans cinq départements, dont au moins un d’outre-mer, avant une éventuelle généralisation. Les conditions de cette expérimentation seront précisées par décret. Autre orientation forte : cette proposition de loi, dans son second article, entend faire évoluer la pratique avancée. Outre une possibilité donnée aux infirmiers anesthésistes, puériculteurs et de bloc opératoire d’y accéder sans modifier leurs conditions de diplomation, trois lieux d’exercice supplémentaires pourraient être créés au sein des services de protection maternelle infantile, de santé scolaire et d’aide sociale à l’enfance. Plusieurs avis préalables, dont ceux de l’Académie de médecine, de la Haute Autorité de santé et des ordres des professions de santé, seront toutefois nécessaires. Les députés ont par ailleurs ajouté une procédure de reprise d’activité pour les IPA ayant interrompu leur activité pendant une certaine durée.

Plaidoyer pour une adoption accélérée

Vivement contestées par les syndicats médicaux, ces avancées sont naturellement saluées par les représentants de la profession, qui attendent impatiemment leur concrétisation. « Face aux défis majeurs de santé publique, nous devons tout faire pour garantir à chaque patient un accès rapide et efficace aux soins. Les infirmiers, présents sur tout le territoire, font partie des solutions pour répondre à cet enjeu. L’adoption en première lecture de la proposition de loi sur la profession d’infirmier marque une première étape dans l’évolution de la profession et l’amélioration de la prise en charge des patients. Nous comptons désormais sur les sénateurs pour adopter ce texte rapidement », affirme Sylvaine Mazière-Tauran, présidente de l’Ordre national des infirmiers, qui réclame une procédure accélérée. L’instance ordinale préconise notamment la fixation d’un délai maximal pour la publication des textes nécessaires à la mise en œuvre de ces nouvelles missions… soit le 31 janvier 2026 ! En attendant, la balle est dans le camp du Sénat, qui compte de nombreux médecins dans ses rangs.

NB : les domaines d’activité, les actes et les soins réalisables par les infirmiers seront fixés par un décret et par un arrêté. Les députés ont également prévu que la publication de cet arrêté donne lieu à l’ouverture d’une négociation sur la rémunération de la profession.


Photo : Philippe Chagnon / Cocktail Santé

Dans un Livre Blanc publié mi-février, le Conseil national professionnel infirmier formule une série de recommandations pour refonder le métier et le parcours de formation.

L’instance préconise notamment de créer une quatrième année de formation universitaire pour mieux préparer les futurs professionnels de santé aux responsabilités croissantes, liées à l’évolution des besoins de santé, des missions et des compétences. « Ce sera un levier d’attractivité, d’intégration et de fidélisation essentiel au service rendu qui permettra d’agir sur les départs prématurés et sur la pénurie de professionnels », argumentent les auteurs de ce document. Outre une fonction tutorale identifiée en soi et un renforcement de la formation théorique et clinique, notamment en psychiatrie, à l’école, au travail, en soins critiques et auprès de l’enfant, le CNPI plaide également pour la « reconnaissance officielle des consultations infirmières en prévention, éducation à la santé, orientation et coordination du parcours de soins » afin de renforcer leur impact sur la santé publique et répondre aux besoins de la population. Le Livre Blanc comporte deux autres propositions phares : le développement du statut d’infirmier référent, notamment via un accès direct, et l’élargissement de la prescription infirmière aux produits de santé et aux examens complémentaires nécessaires à l’exercice de la profession.

NB : le Conseil national professionnel infirmier est composé de vingt organisations professionnelles nationales (associations, sociétés savantes, syndicats…).


Illustration : Freepik

Dans un communiqué publié fin février, le CEFIEC annonce le report officiel de la mise en application du référentiel de formation des infirmiers en septembre 2026.

Une satisfaction pour l’association qui réclamait, depuis plusieurs mois, un délai supplémentaire pour garantir le succès de cette réforme, initialement prévue pour la rentrée prochaine. Selon le nouveau calendrier fixé par les tutelles, les arrêtés relatifs au référentiel de formation infirmière, en cours de finalisation, devraient être publiés « à l’horizon de l’été 2025 ». Autre évolution confirmée durant le dernier comité de suivi de la réingénierie de la formation initiale infirmière : la durée des études sera maintenue à trois ans. Une décision « cohérente et efficace » qui permettra de préserver un équilibre entre la qualité de l’enseignement et le bien-être des étudiants. Dans la continuité de ces annonces, le CEFIEC invite « l’ensemble des équipes des IFSI, des milieux cliniques et des universités à profiter de cette opportunité de calendrier pour engager une co-construction de la formation infirmière de demain. »

NB : le Comité d’entente des formations infirmières et cadres est une association de structures de formation aux métiers de la santé qui regroupe 331 IFSI, 288 IFAS, 48 IFAP et quelques écoles de spécialités infirmières (puériculture, bloc opératoire…).

Malgré les récentes évolutions législatives, qui leur confèrent notamment un accès direct et un droit de primo-prescription*, les infirmiers en pratique avancée n’ont pas encore trouvé leur véritable place dans le système de santé.

Les réticences du corps médical y sont pour beaucoup. Le faible nombre de professionnels formés aussi. Selon le dernier pointage effectué par l’UNIPA, la France comptait 3 080 IPA diplômés et 1 934 étudiants en formation en décembre dernier. Des chiffres qui, malgré la dynamique de croissance des effectifs, sont bien loin des objectifs initialement fixés par le gouvernement, soit un total de 5 000 IPA en activité fin 2024. L’attrait croissant pour cet exercice infirmier augmenté constitue toutefois un signal favorable avec une hausse constante du nombre d’inscrits en Master 1 depuis six ans. Caractéristique notable : la mention « pathologies chroniques stabilisées » représente plus de la moitié des étudiants.

(*) L’arrêté détaillant la liste des produits et prestations autorisés en primo-prescription n’a toujours pas été publié.

Un arrêté publié fin février détaille les conditions et le contenu de la formation des aides-soignants diplômés avant la réingénierie de la formation et du métier qui souhaitent actualiser leurs compétences.

Objectifs, contenus, modalités et critères d’évaluation… Le texte précise les attendus pour les trois modules de formation suivants : rechercher et analyser les informations permettant d’identifier l’état général de la personne, d’adapter ses activités en fonction de son âge et de son milieu de prise en soins ; mettre en œuvre les nouveaux soins autorisés en situation aigüe, évaluer et réajuster ; identifier et analyser les différentes situations à risque lors de l’accompagnement de la personne et les actions de prévention adéquates. Précision importante : cette formation de trois jours n’est ni obligatoire ni certifiante. « L’attestation d’acquisition des compétences est délivrée si les évaluations des trois modules sont validées. En cas d’absence de validation, l’aide-soignant se verra délivrer une attestation de suivi de formation », précise la Direction générale de l’offre de soins. Ce document pourra être présenté à l’employeur, mais ne pourra pas être exigé par ce dernier.

NB : le texte législatif qui redéfinit la formation et le métier d’aide-soignant a été publié au Journal Officiel du 12 juin 2021.


Photo : Frédérik Astier / Cocktail Santé

Dans le cadre du principe de « responsabilité collective » promu par la loi Rist 2, les infirmiers et les sages-femmes qui le souhaitent pourront prochainement participer à la permanence des soins ambulatoires.

Selon les termes du décret publié le 19 février dernier, les représentants des ordres professionnels de ces deux professions seront désormais associés à l’organisation de la PDSA au sein des comités départementaux de l’aide médicale urgente, de la permanence des soins et des transports sanitaires. « En fonction de la demande de soins et de l’offre médicale existantes et dans les conditions fixées par le directeur général de l’Agence régionale de santé territorialement compétente, la mission de permanence des soins peut aussi être assurée par les établissements de santé, ou faire l’objet, sur la base du volontariat, d’un appui par les infirmiers et les sages-femmes », précise le texte.

NB : la rémunération des infirmiers et des sages-femmes doit désormais être négociée dans le champ conventionnel.


Photo : Philippe Chagnon / Cocktail Santé

La nouvelle est officiellement tombée fin février. A l’issue du dernier comité de suivi de la réingénierie de la formation infirmière, les tutelles ont choisi de reporter la mise en application du nouveau référentiel en septembre 2026. Une sage décision qui doit notamment permettre aux instituts de formation – et aux formateurs – de se préparer sereinement pour proposer un enseignement de qualité aux étudiants.

Favorable au report de cette réforme cruciale pour l’avenir du métier, l’ANdEP attend désormais la publication des arrêtés de référence qui sont annoncés pour cet été. Un délai indispensable pour co-construire un écosystème de formation cohérent et efficace, en lien avec les universités, les agences régionales de santé et les professionnels du secteur sanitaire et médico-social, notamment sur la thématique des stages qui doit être une priorité partagée.

Au-delà des enjeux de gouvernance, cette transition soulève des problématiques pédagogiques, logistiques et financières, qui devront être collectivement résolues. Elle pose ouvertement la question de l’interprofessionnalité qui doit impérativement se concevoir dès les premiers stades de l’apprentissage. C’est une évolution souhaitée par nos étudiants. C’est une nécessité pour le devenir de notre système de santé.